[1] L’abstention de Kafui Adjamagbo-Johnson lors du vote autorisant la ratification de la Convention portant création de l’Organisation internationale pour la médiation (IOMed) a suscité de vives réactions dans les rangs du pouvoir. [2] En reconnaissant l’intérêt de cette convention tout en interrogeant la cohérence de l’action des autorités togolaises, la députée a soulevé une question sensible : comment le régime de fait du Togo peut promouvoir la médiation pour la paix à l’étranger tout en restant sourd aux demandes de respect des libertés dans son propre pays et aussi aux conséquences d’une décision de justice communautaire ?
[3] Les réactions à ces propos pourtant évidents et clairs invitent à examiner un autre enjeu : n’est-ce pas une occasion de faire une offre de dialogue, maintenant qu’on sait que les patriotes togolais ne sont pas demandeurs ? [4] Le 9 octobre 2026, l’Assemblée nationale togolaise a voté en première lecture le projet de loi autorisant la ratification de la Convention portant création de l’IOMed, adoptée à Hong Kong depuis le 30 mai 2025.
[5] Cette initiative vise à renforcer le règlement pacifique des différends internationaux par la médiation. [6] Son intérêt ne constitue pas, en lui-même, le cœur de la controverse.
[7] Pourquoi maintenant l’examen de cette loi de ratification, surtout dans un contexte togolais marqué par les divergences sur la portée et les suites à donner à l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO, dans l’affaire opposant des partis politiques et des organisations de la société civile à l’État togolais ? [8] Se fondant sur cette préoccupation, Adjamagbo-Johnson a expliqué son embarras et justifié son abstention.
[9] Elle reconnaissait l’utilité de la convention, mais dénonçait le décalage entre les efforts de médiation du Togo à l’étranger et la gestion des tensions nationales. [10] Elle évoquait notamment les emprisonnements liés à l’expression d’opinions et la question de l’exécution de l’arrêt de la CEDEAO.
[11] Son intervention posait donc une exigence de cohérence : les principes de médiation, de paix et de respect du droit défendus par les autorités de fait du Togo sur la scène internationale devraient également guider leurs actions à l’intérieur du pays. [12] Curieusement, l’intervention d’Adjamagbo-Johnson a provoqué de vives contestations de la part du président de l’Assemblée nationale, de députés de la majorité et du ministre Gilbert Bawara, représentant le gouvernement.
[13] Un député est allé jusqu’à lui reprocher d’introduire des « débats de caniveau » Au Parlement.
[14] Il lui a également reproché d’aborder une question qui n’aurait pas sa place dans une enceinte observée par la communauté internationale. [15] Ces réactions révèlent certainement une préoccupation pour l’image extérieure du pays.
[16] Pour s’en convaincre, il suffit d’observer qu’au lendemain de la séance, les échanges se sont poursuivis dans les médias, après que la députée a réaffirmé les raisons de son abstention. Com et relayée par d’autres médias, s’est articulée autour de quatre arguments : la reconnaissance internationale de Faure Gnassingbé, dont les missions de médiation seraient largement saluées dans la sous-région, en Afrique et au-delà ; l’existence de cadres de dialogue au Togo, notamment le Cadre permanent de concertation politique (CPC), dont les travaux se poursuivent malgré l’absence de certains opposants ; la responsabilité de l’opposition, invitée à participer aux instances existantes et à assumer sa part dans la recherche de solutions ; la disponibilité de Faure Gnassingbé à répondre à une éventuelle sollicitation d’acteurs politiques ou de la société civile pour régler un différend.
[18] Le dialogue ne saurait se substituer au droit.
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